Les féminines 

Le voyage de Der

Je m’appelle Der, drôle de nom me direz-vous ! C’est celui que me donne mon compagnon humain quand il vient me chercher pour une balade. Il répète : Toi, tu seras le der des der, sous entendu le dernier d’une liste de mes semblables aujourd’hui mis au clou. Mais doit-on se fier à la parole d’un humain ?

Maintenant que les présentations sont faites, je vais vous raconter un voyage en compagnie de Saint Martin et de Gitane dont le but est de rallier Mortagne au Perche dans le département de l’Orne, où un rassemblement de mes semblables est attendu pour une semaine fédérale FFCT organisée par les Normands.


Nous nous retrouvons au point de rendez-vous à Villeneuve d’Ascq, départ de notre aventure. Saint Martin est accompagné de Specialized, ces deux là se connaissent bien et ce dernier nous accompagnera jusqu’à Mons en Pévèle. Nous poursuivrons le voyage à trois, heureux de rouler ensemble durant une semaine. Mais avant de continuer mon récit, je me dois de présenter mes compagnons de voyage.

Saint martin revêtu d’un bel émail noir sur un cadre acier bien dessiné lui donne fière allure. Equipé de garde boue en inox, ses porte-bagages, dont un surbaissé à l’avant, indiquent qu’il est habitué aux voyages.

Gitane de couleur vert pastel est élégant ; guidon type « papillon », cadre alu et garde-boue, il est équipé également de porte-bagages. Il a opté pour un portage à l’arrière à la façon anglaise ou hollandaise. Tous deux ont une sacoche avec porte carte au guidon, très pratique pour y ranger des objets d’usage courant.

Au premier jour du voyage le ciel parfois menaçant est clément malgré l’annonce de pluie par la météo. Arrivés à Bapaume nous sommes logés dans une cour fermée sans fouillis, simple mais sécurisée. Puis nous continuons à papoter sur l’étape du jour, des voyages passés et à venir loin des regards et des oreilles.

Le lendemain et les jours suivants nous continuons à rouler, à discuter entre nous en appréciant les paysages qui défilent à hauteur de guidon. Un arrêt s’impose à Flers au niveau de la pancarte, dans le département de la Somme, pour une photo afin de nous rappeler la SF du même nom, mais cette fois en Normandie où nous sommes allés en ordre dispersé.

Nous faisons un arrêt à Longueval au mémorial national Néo Zélandais symbolisé par un obélisque, rappelant le sacrifice de milliers d’hommes où des combats d’une rare cruauté s’y déroulèrent. Une table d’orientation soutenue par une plaque en acier, sur laquelle est découpée une feuille de fougère, où chaque pinnule représente un soldat en partance vers le front pour disparaître à jamais dans les ténèbres de la guerre. 

Plus loin la statue du piper avec sa cornemuse, le musée du bois de Deville avec ses fresques en métal sur les murs représentent le feu, l’acier des armes et le sacrifice de ceux tombés loin de chez eux pour défendre la liberté. Nous reprenons la route, mon pneu arrière semble relâcher de la pression. J’ai dû me blesser sur un silex ou tout autre objet piquant. Après quelques soins prodigués par mon compagnon humain, je suis de nouveau opérationnel. 

Le soir nous sommes à Montdidier, ville natale de Parmentier et nous avons encore la « patate » après une journée remplie d’émotion. Logés dans le garage d’un particulier, les pneus sur de la moquette, l’endroit est agréable, propre et sec. Parfois un doux confort est apprécié même au plus endurci.

Les jours se suivent, les kilomètres s’additionnent, la météo incertaine reste néanmoins clémente avec parfois quelques gouttes de pluie issues des nuages de traîne. Un vent de face omniprésent tout au long de ce voyage ne faiblit pas et s’amuse à nous envoyer de belles rafales de temps à autre. Il reste ainsi joueur et tenace jusqu’à Mortagne au Perche.

Las d’affronter Eole, Saint martin « pète un câble » au niveau du frein avant. Un bout de câble sans envergure mais indispensable quant à sa fonction. Ne dit-on pas qu’il faut se méfier des petits ? Un mécanicien sympathique travaillant dans un garage automobile résout le problème. Il nous donne gracieusement un câble adapté au frein. Je suis certain qu’il doit aimer les vélos. 

Le voyage continue, nos pneus nous procurent le confort sans rechigner des imperfections de la route et donnent de la gomme à l’asphalte, c’est ce que l’on appelle « le prix à payer ». Le soir nous dormons soit sous un préau dans une ville célèbre en son temps pour ses boutons en nacre ou sur le pallier d’accès aux chambres d’un hôtel.

Arrivés à Verneuil sur Avre, ville où Saint Martin nous quitte pour rejoindre Specialized, nous avons droit de dormir dans la chambre des humains. Quelques peu désorientés de cette affection soudaine, nous avons gardé le silence, les histoires de vélos doivent rester entre nous.

Au matin du dernier jour, nous avons salué, Gitane et moi, notre compagnon Saint Martin, qui triste de nous laisser partir commence à trembler du garde boue avant. Nous l’avons consolé en resserrant la vis de fixation, ensuite nos chemins se sont séparés.

Je ne peux finir ce récit sans remercier Carole, Colette et Daniel, n’ayez crainte ce ne sont pas des vélos. Sans eux nous n’aurions pu réaliser ce voyage que je qualifierais de merveilleux.

Der 

Juillet 2017

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